Prologue

Vue Montardon
Prologue 2017-11-02T07:19:20+00:00

Je suis un agréable village béarnais

Au début de mon histoire écrite, j’avais en 1385, 17 feux représentés par « 17 chefs de familles » répartis dans mes « ostaus », tandis que ma voisine paloise (devenue grande cité) en avait 129 ; un Montardonnais pour sept Palois, cela donne l’ordre de grandeur de ma population rurale avoisinant la centaine d’habitants.

Etant un peu à l’écart des grands axes de communication et protégée par une nature très sauvage, j’ai échappé à bien des malheurs (scènes de pillages et viols), car toutes les invasions sont passées par ici, avec ces noms redoutables des envahisseurs, les Huns, les Wisigoths, les Maures, les Normands, mettant tout à feu et à sang sur leur passage.

Vinrent aussi les épidémies de peste et de choléra, et j’avais à cette époque quelques marécages sur mon domaine. Pour lutter contre les microbes et parasites, ces animaux porteurs de contagion, je n’avais pas ces efficaces aérosols et ces raticides modernes qui vous liquident tout cela en un rien de temps. Il paraît de plus, qu’un bon courant d’air d’Ouest en Est balayait mon territoire, chassant miasmes et microbes en les portant plus loin, ce qui n’était pas charitable mais bien utile.

Au cours des 400 ans écoulés (1785), 63 « Maisons » s’étaient ajoutées à mes 17 « ostaus », soit un total de 80 Feux répartis entre le plat pays et la crête abrupte qui justifie mon nom (Mont-Ardon), d’où j’aperçois au loin la chaîne millénaire des Pyrénées dominée par la double dent du Pic d’Ossau, au pied duquel vivent ces montagnards qui me donnèrent bien du souci.

Au cours des siècles, mes paysans et artisans ont peiné durement pour conserver ou agrandir le patrimoine de leurs ancêtres, et il est merveilleux de retrouver après plus de 700 ans un nom inscrit au Censier de mon protecteur, le célèbre Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn, ainsi qu’une autre dizaine de noms déjà portés sur les Terrier de ma communauté par l’arpenteur Larritu en 1780.

C’est cela la continuité et l’amour du terroir

De nobles Seigneurs, représentant l’autorité du Vicomte de Béarn, s’étaient intéressés à mon territoire et en avaient acquis des terres nobles, cela depuis Fortaner de Neys jusqu’à Joseph de Laugar, en passant par les plus armoriés, les De Salettes, dont l’aveu énumère les terres nobles (le fief) qui leur donnait le droit de siéger pour l’honneur, aux Etats de Béarn et pour la bourse, ceux de chasser sur mes terres giboyeuses et de pêcher dans le Luy de Béarn qui alimente mon moulin.

Ils percevaient ainsi les dîmes que mes paysans payaient en nature depuis le demi poulet et quintal d’avoine aux espèces en sols sonnants et trébuchants. Bien sûr, il fallait « suer sur le manche », mais à part quelques disputes de pacage ou de bêtes errantes sur le territoire du voisin on s’entendait souvent, les plus favorisés aidant les plus pauvres, surtout quand la récolte était mauvaise par suite des intempéries ou de la sécheresse.

Puis vint la Révolution ; là encore, tout ce passa avec beaucoup plus de calme que chez mes voisins du Sud ou de l’Ouest, où incendies, pendaisons et exils réglèrent tristement quelques rancunes et abus accumulés au cours des siècles.

Chose curieuse, alors que l’on détruisait les statues des Saints ou coupait leurs têtes de pierre, ici à Montardon, les grandes idées nouvelles de liberté suggérèrent aux successeurs de mes jurats, l’idée d’une indépendance administrative et d’une autonomie religieuse totale qui aboutit très rapidement à la construction de ma propre église où les cloches réglèrent la vie journalière et où l’on put procéder enfin à mes propres cérémonies de la vie : baptêmes, mariages, enterrements, sans aller toujours « chez la voisine » (Serres-Castet) signer les registres paroissiaux.

Et la vie s’écoulait, moins dure avec la suppression des droits coutumiers et l’achat de ces terres restées stériles pendant 500 ans à cause de la « Charta de Madame Jeanne » (1319) et l’usufruit des landes du Pont-Long que les Ossalois prétendaient posséder « de mémoire d’homme ».

Mais la Vie peut-elle s’écouler dans la tranquillité !

La vie est toujours un combat : d’accord pour le combat de la pitance journalière (la vie était devenue moins dure avec l’arrivée de la mécanisation encore timide), mais le combat entre les hommes qui remet tout en question, qui me prive des bras les plus vigoureux, notamment le forgeron, qui permet seulement à l’arrière garde, tous ceux qui n’étaient plus mobilisables, de cultiver les champs et pour moi cette terrible saignée des blessés et des morts.

Et puis la vie reprend : on repart avec courage et le travail devient plus facile surtout pour celles qui assumaient à la fois le travail des champs et celui de la maison et qui étaient plus souvent debout qu’assises, mais le chef de famille le reconnaissait et imposait aux enfants reconnaissance et respect envers elle.

Il y a maintenant une belle école et il y a longtemps que l’instituteur est nommé, désormais tout le monde sait lire et écrire (compter, on a toujours su par nécessité). On n’a plus besoin d’interpeller mes habitants pour savoir si leur identité est bien réelle.

La vie de ma commune s’écoulait bien organisée sous la responsabilité du Maire et de son Conseil (qui avait remplacé les jurats de l’ancien temps) et qui devaient régler les nombreux problèmes que la vie moderne imposait, avec tous ces papiers officiels qu’il fallait remplir maintenant.

Et puis à peine les plaies cicatrisées, à nouveau le tocsin qui sonne, la menace de l’invasion et le nouveau départ des meilleurs bras avec un nouveau bilan de morts, l’absence des prisonniers.

A nouveau le cycle de la vie reprendra, « ce nouveau éternel ». Des amoureux de ma vie et de mon histoire ont voulu conserver ce récit, notamment le regretté M. ARCABOUSET, qui fut le Maire de ma commune pendant 30 années, récit inscrit dans les vieux parchemins (1310), dans les beaux registres encore intacts, rédigés avec une haute conscience professionnelle où avec de belles écritures calligraphiées, ou tous les noms de mes habitants avec la description de leurs biens se trouvent consignés. Mais parfois, certains registres n’ont résisté que partiellement à l’incendie qui dévora une partie des mes archives.

Il y a aussi tous les précieux documents conservés pieusement dans le tiroir de la maison familiale, vieux documents jaunis, consultés feuille par feuille, actes notariés d’achats ou de successions qui verront ainsi défiler grâce à de belles en-têtes un engagement garanti par ce qui constitue à chaque époque le plus important pouvoir, depuis :

  • les plus anciens rédigés ‘Au Nom De Dieu’,
  • les Rois de France ‘LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre’,
  • à la Révolution, le défilé des actes passés avec tous ces jolis noms des mois des saisons : prairial, fructidor, messidor, vendémiaire des ans I, II et suivant,
  • à nouveau la grâce de Dieu et la Volonté nationale avec NAPOLEON, Empereur des Français ‘à tous présents et à venir, salut’,
  • à La République ‘Liberté, Egalité, Fraternité’.

Ainsi, le calendrier de ma vie de « Grande Aïeule » de prés de 700 ans va se dérouler en détail pour tous ceux qui auront le désir ou la curiosité de la connaître, car pour tout ce qui est du présent ou d’un récent passé de moins de 40 ans, tous ceux qui vivent actuellement ici, pourront la raconter de vive voix à leurs enfants et petits enfants, cette période constitue la vie moderne de mon village, village qui possède maintenant les outillages les plus perfectionnés, un important artisanat, le confort de l’eau courante, de l’électricité, du téléphone, du gaz de ville, sans compter sur la grande amélioration des voies d’accès permettant un important trafic. DE tout cela, le Maire, assisté de son Conseil municipal, décide de ce qui fait aujourd’hui l’amélioration de ma vie rurale tout en conservant l’agrément d’un environnement plein de charme dans un site privilégié de verdure.